Deuil Périnatal: la perte d’un bébé

(23 SA à 6 jours de vie), un deuil intime et invisible

Bonjour, je m’appelle Charlotte, je suis thérapeute, et si je prends aujourd’hui la parole, c’est parce que le deuil périnatal est un sujet qui me tient particulièrement à cœur.

 

Le deuil périnatal : un deuil particulier, parfois incompris par l’entourage: 

 

Le deuil périnatal est une expérience très particulière. Alors qu’on s’apprête à donner la vie, c’est la mort qui surgit. Cette réalité se vit dans le corps et l’intimité d’une famille, et  reste souvent invisible aux yeux des autres.

Sur le coup, il peut y avoir de l’attention de la part des proches, mais deux mois après, tout le monde a repris sa route, alors qu’à l’intérieur de soi, tout a changé. Cela peut créer un sentiment d’isolement. Les émotions vécues sont déstabilisantes et il n’est pas toujours facile d’en parler à des proches qu’on ne veut pas affecter. Parfois, cela amène à tout garder dans son corps, à vivre ses émotions seul, pour avancer.

Il peut exister un décalage entre ce que vit la personne qui a perdu son bébé et ce que perçoit son entourage. Cela peut conduire à des maladresses, à des silences. On entend parfois des phrases qui se veulent réconfortantes, comme : « Tu es jeune, tu en auras d’autres », « Au moins, tu sais que ça marche », « Tu as la chance d’avoir déjà un enfant » ou encore, dans le cas d’une interruption médicale de grossesse : « De toute façon, avec le handicap, il n’y avait pas d’autre solution. »

Ces paroles ne sont pas prononcées avec de mauvaises intentions, mais dans une période de vulnérabilité et de tristesse, elles peuvent accentuer le vécu d’isolement.

Il est essentiel de pouvoir vous entourer de personnes capables d’écouter, de trouver un point d’appui dans votre entourage ou à l’extérieur, capable d’accueillir vos émotions sans chercher à les minimiser ou à les réparer.

Le rapport aux émotions et le sentiment de culpabilité dans le deuil périnatal:

Le deuil périnatal entraîne une intensité émotionnelle. Il est fréquent de vivre une période de perte de confiance en soi, en son corps, mais parfois aussi dans l’avenir : perdre un bébé, cela vient questionner le sens de la vie.

Les émotions telles que la colère, la tristesse, l’impuissance, la rage ou la sensation de vide sont à la hauteur de l’épreuve que vous avez vécue. Vos émotions sont légitimes et vous avez le droit d’être accueilli dans ce vécu pour continuer votre route.

Prenez particulièrement soin de vous si vous repérez ces émotions ou ces pensées : certains parents ressentent de la honte ou de la culpabilité d’avoir perdu un bébé. Ils repassent sans cesse leur grossesse dans leur esprit en cherchant ce qu’ils auraient pu faire différemment. Toutes ces pensées sont fréquentes dans le deuil périnatal. Elles nourrissent une spirale de culpabilité qui peut éloigner de soi, des autres et empêcher d’avancer. Lorsque la colère est orientée contre soi, il est essentiel de se faire accompagner.

Ceux qui ont pris des décisions suite à un diagnostic médical ou un parcours de vie  traversent également un deuil dans leur corps et leur cœur. Vous avez le droit de vivre de l’apaisement.

Le couple parental dans la traversée du deuil périnatal

 

Le deuil périnatal est une épreuve qui touche le couple parental. Bien sûr, on traverse cette perte à deux, mais cela ne signifie pas que l’on vit les mêmes émotions, ni au même moment.

 

Il est très rare que les deux parents avancent au même rythme. L’un peut avoir besoin d’exprimer ses émotions, tandis que l’autre ressent le besoin d’agir. Ce décalage ne signifie pas que l’un souffre moins que l’autre.

Parfois, ce ne sont pas les plus proches qui peuvent le plus vous aider dans cette traversée, tout simplement parce qu’ils sont eux-mêmes impactés de vivre cela eux aussi, et leurs réponses ne sont pas les vôtres. Ce décalage de réaction peut générer de la tension, de l’évitement, un sentiment d’abandon. Ce que vous vivez n’a parfois rien à voir avec l’amour que vous vous portez : c’est une période où chacun fait au mieux avec ce qu’il est pour traverser cette épreuve.

Vivre ses émotions n’est pas un signe de faiblesse : c’est souvent le premier pas vers un chemin d’apaisement.

 

 

Un deuil qui revient de manière imprévue :

 Cette perte arrive à une période de vie où l’on est en mouvement, et il n’est pas rare de voir un proche annoncer une grossesse dans les mois qui suivent ce deuil. Dans ces cas-là, il est tout à fait légitime d’avoir à la fois de la joie, mais aussi des émotions de colère ou de tristesse. Vous avez le droit de vivre des émotions ambivalentes, et c’est OK de venir les mettre en mouvement : c’est un mouvement vers la vie. Pouvoir aussi vous accueillir dans ce que vous vivez, cela peut permettre d’éviter de déborder sur l’autre et d’envoyer toute cette colère à un endroit où, en fait, cela fait mal à soi — tellement, tellement on a envie et besoin d’autre chose à cet instant T, pour soi.

Parfois, ce sont des souvenirs qui se réveillent à des moments inattendus. Je me souviens d’une maman qui s’est retrouvée face aux empreintes de mains en peinture de sa petite fille à la crèche, et là, elle a eu un figement parce que cela lui a rappelé l’empreinte de son bébé à la maternité. C’est une double douleur d’être en contact avec son enfant vivant, et de pleurer son enfant décédé.

Il y a des outils qui permettent d’accompagner ces réminiscences pour ne plus revivre cette intensité émotionnelle au contact de ces traces du passé. Vous avez le droit d’être plus en paix par rapport à ce que vous vivez, vous avez le droit de vous permettre de vivre d’autres émotions avec vos proches, vos enfants. Ce n’est pas parce que vous apaisez cette douleur que vous oubliez ce petit être qui a traversé votre vie. Vous êtes au contraire en train de lui faire une place dans la vie.

Certains parents s’appellent « ParAnges ». Ils se disent que cette petite âme a traversé, bousculé, « fait le ménage » dans leur vie, et transformé profondément leur rapport au lien et à la vie. Parfois, poser un acte symbolique, (créartion d’argile, planter un arbre, crééer un album…) créer quelque chose ensemble en couple ou famille, permet de vivre le lien et l’apaisement dans ce vécu de séparation.

La place des papas dans le deuil périnatal:

Tout à l’heure, j’ai parlé des parents, et je voulais faire un petit mot spécial pour les papas.

On est très attentif aux mamans dans les maternités, et la parole se libère parfois plus facilement entre amies. Un papa m’a énormément touchée un jour en disant : « Ma femme a été épaulée, soutenue, accompagnée. Mais moi, je me suis senti très seul. J’ai hurlé tout seul dans ma voiture, et j’ai vécu la traversée du désert. »

Il existe une solidarité entre femmes et il est important de se rappeler que les papas aussi vivent des choses difficiles, et ont peut-être besoin aussi d’être écoutés dans ce qu’ils vivent.

Repérer ses besoins pour traverser le deuil:

Vos besoins changent du tout au tout, suivant les heures, les jours et les moments à venir ; et c’est OK. Tout est juste ici, maintenant.

Ici et maintenant, qu’est-ce que je ressens ? De quoi j’ai besoin ?

  • Est-ce que j’ai besoin d’être en contact avec ce deuil / Est-ce qu’au contraire j’ai besoin d’être en contact avec autre chose qui me nourrit ?
  • Est-ce que j’ai besoin d’être en lien avec des gens / Est-ce que j’ai besoin d’être seul avec moi-même ?

C’est un apprentissage et le chemin de la guérison : voir ses émotions comme un mouvement à écouter pour aller vers autre chose…Recréer du lien à soi, oser demander à à l’autre  :Certains proches seront très forts pour vous divertir, d’autres pour vous écouter, d’autre encore pour vous épauler sur le plan pratique… parfois vous aurez besoin de douceur, d’autre fois de mouvement et d’action… et à chaque fois que vous vous écoutez, vous allez remobilisez vos ressources ou solliciter des proches et retrouvez des appuis, parce que vous saurez mieux ce dont vous avez besoin.

 

 Respecter son rythme:

Je comprends pleinement les parents qui disent : « J’ai  juste envie de tourner la page et de passer à autre chose ». Si vous avez besoin de courir et de ne pas vous retourner, de faire un voyage, faites-le ; c’est votre moyen d’avancer ici et maintenant, et de vous ressourcer.

Et si à un moment donné, vous avez un autre besoin, sachez qu’il est possible de poser vos mots. L’important, c’est de ne pas rester isolé dans votre peine. Parfois, il est juste important de savoir qu’une porte existe, et qu’il est possible de l’ouvrir quand on en a besoin.

Je vous souhaite une journée pleine de présents.

En cas de besoin vous pouvez  partager un témoignage ou  m’écrire en message privé.